Edito du n°9

            « Ta langue, ta langue étrange ».

Ces mots, peut-être, du lecteur au poète. Celui qui est parfois réputé d’une lecture plus ardue, plus hermétique. Et pourtant, son matériau est si beau, qui ne lui appartient pas en propre mais à tous. Ainsi le poète sait-il qu’il « n’écri[t] pas dans [sa] langue » et que c’est avec ce matériau si commun, si familier – et ainsi souvent vidé de son sens et de sa richesse – qu’il peut redonner du poids au monde, ou à ses plus petits aspects, un « bonjour », les « paroles après l’amour ».

 

            En entendant les poètes lire leurs propres textes, on se rendra assez vite compte que, plus que le mot de « langue », c’est celui de « voix » qui leur conviendra le mieux. Le poète, à travers les mots de tout le monde, cherche sa voix. Celle-ci ne correspond d’ailleurs pas la plupart du temps à sa voix physique – et cela m’avait été révélé de manière particulièrement forte en écoutant Philippe Jaccottet sur le CD qui accompagne Le Combat inégal, car la voix que j’entendais dans ses livres ne me paraissait pas d’une tessiture aussi grave : quels sont donc les liens entre la voix physique et la voix poétique ?

La voix du poète se donne à entendre sous la forme d’une musique, d’un rythme qui n’appartiennent qu’à lui et c’est justement cette singularité qui lui permet d’épouser celle du lecteur. Elle le touche au cœur en faisant chanter le monde depuis le plus simple « murmure des fontaines » jusqu’à ses bizarreries et étrangetés, et rend à ses yeux étonnement et émerveillement.

 

Blandine Poinsignon-Douailler

directrice de publication 


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