De la jeunesse

 

Passant très bientôt de ce numéro au numéro 10, en voie de marcher – vraiment – sur deux jambes, jetons un rapide regard en arrière pour mieux aller vers.

Il y a déjà cinq ans que, revenant de Prague, ville de notre rencontre, Cathia Chabre et moi-même avons souhaité créer cette revue – et telle qu’elle est aujourd’hui, elle dépasse de loin nos espérances initiales. Nous avons voulu qu’elle soit un lieu d’expression et d’expérimentation pour la jeune poésie, une certaine jeune poésie que nous avions pu entrevoir au bord de la Moldau, que nous ne savions où lire et qui nous semblait mériter une place qu’elle n’avait pas vraiment dans le paysage poétique contemporain. Nous savions toutes deux comme il est difficile d’accéder à une première publication, et ce, en particulier parce que, à moins d’être introduit, un tout jeune poète n’ose pas forcément donner ses textes à lire, ni d’ailleurs ne sait bien à qui les proposer. Surtout que les voix nouvelles que nous voulions donner à entendre n’étaient pas vraiment de celles qui parlent le plus haut ou se donnent en spectacle. Nous avons fait le pari de publier de jeunes inconnus, parfois malgré leurs fragilités, pour leur offrir ce lieu de mise à l’épreuve et de partage du poème – devenu bien vite pour certains un lieu d’affirmation pour leur voix. Nous avons voulu leur donner confiance en les menant vers cet autre qu’est le lecteur, pour qu’ils puissent creuser plus profond en soi et continuer à chercher le poème. Car, ce qui nous importe, ce n’est pas tant de publier des auteurs en vérifiant leur carte d’identité ou d’étudiant, mais de sentir qu’ils sont susceptibles d’apporter quelque chose de neuf – c’est-à-dire quelque chose qui leur est propre – grâce à une écriture en perpétuel mouvement, en continuelle recherche. Nous allons parfois jusqu’à préférer des textes avec des maladresses mais vivants : une revue est pour nous un lieu de passage pour le poème en voie de s’accomplir. Or, ce qui est en voie de s’accomplir, n’est-ce pas le propre de la jeunesse ?

Cinq années ont passé et À verse reste jeune, n’en finissant pas de chercher, marchant d’un pas plus assuré et déterminé que jamais.

 

Blandine Poinsignon-Douailler 


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