Edito du n°10

 

Faire un premier pas. En poètes. Prêts pour une traversée inédite, dont nous méconnaissons finalement tout la pensée de la marche parvenue, le premier effort enclenché.

Se mettre sur une voie qui est celle de l’ignorance (Eliot).

Nous marchons ainsi en aveugles, c’est-à-dire en poètes déjà, sur le chemin des héritages et des influences, et sur celui qui est à inscrire, sans nous retourner, peut-être, sans jamais craindre ce que serait le jour et la nuit d’un poème.

 

 
Il y aurait une question sur une paille creuse : sur ce chemin emprunté, mille fois foulé, sur cette voie qui tait et qui crie dans un même temps, l’entreprise, par le détour propre à la poésie, par ce qu’elle engage en nous, est-elle une entreprise d’emballer le vide ? Car avançant, proie(s) de la lumière, nous ressentons toujours les prémisses d’un désert (Luzi).
Et nous marchons en poètes comme en doute : celui qu’il ne soit déjà trop tard, qu’il ne soit plus de raison d’espérer (Colette Nys-Mazure).
 
Faire un premier pas et se laisser surprendre par le ciel qui nous traverse soudain (Jaccottet), car nous sommes tous des enfants de Rilke, et le nuage de notre poésie est aussi dense qu’enraciné dans l’éther. Ainsi, nous avons clamé les défaites de la poésie (Serge Pey) tout en
l’écrivant ; sur le chemin, nous avons vu un nuage passer (Jean-Pierre Lemaire) et éprouvé le silence du bois (Judith Chavanne).
Et, telle une réponse nécessaire, nous avons embrassé ciel et terre comme gravé un poème sur un arbre.
 
Avec l’habit timide et l’oeil curieux – tourné sur soi et sur le monde –, nous avons atteint dans la marche un événement unique : la confiance dans le poème. Cet aveu tacite entre lui et nous, ce pacte qui ne mérite nulle autre explication que celle d’être. Si aujourd’hui nous cheminons encore, c’est qu’il nous poursuit sur une même pente, c’est qu’il nous amène à explorer avec lui un lieu disparu
Alors les questions se tarissent et le doute ne s’épuise pas, car les voies sont multiples qui sont nées de la langue et qui nous y mènent.
 
*
Cinq ans aujourd’hui qu’À verse avance, et avec elle des enfants de poètes, qui cherchent des voies dans les voix qu’ils entendent.
Cinq ans aujourd’hui que nous conjurons le vide et recueillons dans la langue les parcelles de ciel et de terre, ce qui fait le jour et la nuit d’un poème. Nous pouvons être bâtisseurs, fuir ou accepter les questions, douter et jeter les mots au feu, creuser le souffle : nous tentons toujours de donner forme à l’espace. Et d’avancer, confiants, car nous
avons fait un premier pas.

De mes vers, comme des vins précieux
Viendra le tour.
Marina Tsvétaïeva
 
Cathia Chabre
Rédactrice en chef

 

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